Une Rose et un Balai – Michel Simonet

Vider une poubelle dans les règles de l’art requiert donc prudence et attention, car une autopsie s’impose. Nous devenons les médecins légistes de notre société, essayant de comprendre ce qui a bien pu se passer dans la tête de certains usagers. Bêtise ? Paresse ? Une poubelle peut receler d’étonnants mystères et d’improbables découvertes, bonnes ou mauvaises. Elle est alors, au sens propre et figuré du terme, apocalyptique, révélation du moins partielle des comportements humains.

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Une Rose et un Balai, Michel Simonet
Editions de la revue Conférence, 2017
Editions Pocket, 2019

Présentation éditeur :

Il suffit parfois d’une rose et d’un balai.
Une rose au coin du chariot, pour embaumer l’air du temps.
Un balai pour faire place nette, penser juste, devenir sage.
Les graffitis, les gens, les mauvaises herbes, les crottes de chien : rien n’échappe au cantonnier qui sait voir. Dans le matin frais de Fribourg, au Buffet de la Gare à l’heure de la pause, gilet orange sur le dos, le balayeur passe derrière vous. Lisez-le, écoutez-le : il est devant.

« Un livre merveilleux. » Laure Adler – « L’Heure bleue », France Inter

***

Dans les rues de la ville de Fribourg en Suisse, armé d’un balai le cantonnier nettoie derrière les passants. Il arpente la cité, il ramasse, il frotte. L’avez-vous remarqué agir et se déplacer avec son gilet orange ?

Tout en poésie, Michel Simonet nous emmène avec lui, dans son quotidien. Car une rose et un balai est un récit autobiographique. En sa compagnie, on rencontre les habitants de Fribourg, ceux qui font la vie de la ville, ceux qui se promènent, ceux qui ne font que passer par là et laissent une trace d’eux que le balayeur s’empresse d’effacer derrière eux. Avec lui, on découvre ce métier qui passe souvent inaperçu.

Et pourtant, c’est un métier pour lequel il n’existe pas qu’un seul terme pour le désigner : balayeur, technicien de surface, cantonnier, éboueur…

Balayeur de rue

Ou cantonnier, opérateur écologique, homme de ménage en plein air, concierge de quartier, hygiéniste du trottoir, péripatéticien du char, pommeau d’un boulot de prolo, nettoyeur à l’aise-Blaise du balai balèze, propreur, déchétarien ordurier, mégoïste philanthrope, et, pour finir, le valorisant « technicien de surface » – telle est la liste non exhaustive des termes centraux ou excentriques utilisés pour qualifier ce métier souvent admiré, peu convoité, qui n’attire pas mais qui retient (j’en suis une preuve), parfois dénigré, mais reconnu par tous d’utilité publique.

Et pourtant aussi, le cantonnier se révèle souvent utile pour le public. Il devient parfois photographe pour un groupe de touristes, guide touristique, témoin pour la police locale. Le cantonnier est les yeux et les mains de la ville.

Les anecdotes nous font parfois lever les yeux au ciel, mais plus souvent on sourit et on s’émerveille de la maîtrise des mots de Michel Simonet. Il a l’art et la manière de combiner les mots pour nous rapporter les faits d’une manière authentique et sans filtre.

On me demande parfois : y-a-t-il un record sur l’échelle des odeurs ? Le pire du pire se manifeste d’après moi dans les bouteilles ou canettes de bière en aluminium à moitié bues et lancées dans un talus. Les limaces attirées par le breuvage y entrent, s’y noient, y macèrent en s’y liquéfiant pendant quelques jours si le récipient est bien caché. Ce mélange bière-limace dépasse tout ce que je connais en puanteur insinuante et tenace. Si par malheur ce liquide brunâtre s’écoule dans le char, c’est deux ou trois jours qu’il faudra attendre pour que le remugle s’évapore et que les passants ne se retournent plus sur votre passage.

Les courts chapitres sont entrecoupés d’interludes poétiques. La lecture est fluide, agréable. Le style est percutant. Les phrases sont bien tournées, les mots piquants bien choisis. On tourne les pages, comme on accompagnerait le cantonnier sur son trajet quotidien. C’est rythmé et doux à la fois. Mais on se dit, qu’heureusement que les odeurs ne surgissent pas des mots ! Les imaginer est bien suffisant. Tous ces détails, ces rencontres rendent le récit vivant. Entre poésie et humour sarcastique, on passe un merveilleux moment.

En bref, Michel Simonet manie aussi bien la plume que le balai ! Un petit traité aussi sage que croustillant. Une lecture très divertissante. La découverte d’une plume originale ! Un récit qui sent le vécu !

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