Dites-lui que je l’aime – Clémentine Autain

Peut-être suis-je violente mais j’ai décidé de ne pas mâcher mes mots pour tenter de régler nos comptes et de me débarrasser de la boule qui se forme dans ma gorge dès que tu réapparais dans ma vie. Personne ne la voit, elle est tassée à l’intérieur, mais je la sens. Je l’ai domptée et pourtant, elle m’habite encore au point d’imaginer que parler à un cadavre pourrait me rendre plus sereine. Je ne sais pas si tu comprends, tu ne dis plus rien…

Dites lui que je l'aime.jpgDites-lui que je l’aime, Clémentine Autain
Editions Grasset, 2019

Présentation éditeur :

«  L’autre jour, ma fille m’a demandé si on pourrait te voir quand tu ne seras plus morte. Elle est encore petite, tu sais, alors elle a insisté – et pourquoi ton cœur s’est arrêté, et pourquoi tu es morte dans ta salle de bain… Mourir à 33 ans, elle ne comprend pas, et elle a peut-être senti dans ma réponse mon aversion à parler de toi, à penser à toi. J’avais tout emmuré mais te revoilà sans cesse?  »

Il aura fallu trente ans pour que Clémentine Autain écrive sur sa mère, la comédienne Dominique Laffin, morte en 1985. Clémentine en avait 12 et déjà un long et douloureux chemin avec cette mère en souffrance, égarée, incapable de prendre soin de sa fille. Clémentine Autain s’est construite en fermant la porte aux souvenirs, en opposition avec cette mère dont, petite fille, elle avait parfois dû s’occuper comme d’un enfant. Aujourd’hui, elle n’occulte rien, dit avec justesse le parcours tragique d’une femme radieuse et brûlée, passionnée de vie, actrice magistrale, féministe engagée mais dévorée par ses angoisses et prise au piège d’une liberté dangereuse. Dites-lui que je l’aime  : dans ce récit poignant dont le titre rappelle le film éponyme, Clémentine Autain rend justice à une figure oubliée des uns, culte pour les autres. Elle retrouve ce qu’elle lui doit, son féminisme, sa propre maternité peut-être. Et malgré l’âpreté des souvenirs, elle écrit un récit d’une grande douceur, une lumineuse lettre d’amour.

***

Les noms de Dominique Laffin, et Yvan Dautin, cela vous dit peut-être chose ? Celui de Clémentine Autain aussi ? Pour moi, ces noms m’étaient inconnus jusqu’à la lecture de ce récit. Dominique Laffin était comédienne, décédée prématurément alors qu’elle n’avait que 33 ans, et Clémentine sa fille seulement 12. Yves Dautin, le père de Clémentine était chanteur.

***

Devenue mère à son tour, Clémentine Autain ressent, trente ans après le décès de sa mère, la comédienne Dominique Laffin, le besoin d’écrire sur son enfance marquée par le décès brutal de cette dernière. Mais aussi, le besoin de raconter l’après. Tout ce qu’elle a gardé au fond d’elle et traîné derrière elle depuis si longtemps.

Dites-lui que je l’aime c’est donc le moment pour l’auteure de dire à sa mère tout l’amour qu’elle avait englouti et enterré au fond d’elle même.

Je t’avais rangée, je m’étais arrangée mais il faut toujours que quelqu’un ou quelque chose me ramène à toi, c’est épuisant.

Dites-lui que je l’aime c’est comme une lettre d’amour posthume d’une fille à sa mère qu’elle a si peu connue. Une mère si souvent absente. Une mère comédienne, dont le rôle principal de mère était le plus difficile à jouer dans la vie de tous les jours.

Alors cette longue lettre devient un cri d’amour et de souffrance aussi. Celui d’une enfance écourtée. Celui d’une enfance sans figure maternelle très présente. Celui d’une relation mère-fille souvent inversée à cause de l’alcoolisme de Dominique Laffin, à cause aussi de son côté adolescente éternelle. Une mère jeune, dans sa manière d’être femme,  et de se comporter. Une mère peut-être à la jeunesse éternelle.

Je t’ai entendue une fois parler de tes rêves de retraite heureuse, de confitures que tu fabriquerais durant tes vieux jours. Tu en parlais comme d’une bonne blague, dans ton regard je lisais que ce songe te paraissait hors de portée. T’imaginais-tu un instant vieillir ? Je ne crois pas.

Ce besoin permanent de jeunesse, de profiter de l’existence rendait Dominique insouciante. Et Clémentine devait alors se débrouiller. Devoir assumer des rôles d’adulte alors qu’elle n’était encore qu’enfant. Jusqu’à souvent se transformer en une mère pour la sienne. Jusqu’à avoir des sentiments ambivalents à la mort de cette dernière.

Un parfum de malaise emplit l’atmosphère. La mort a beau être d’une banalité à crever, elle donne des vertiges aux vivants.

J’ai ressenti la colère de Clémentine Autain au début de ma lecture. Une colère triste. Sur fond de l’incompréhension d’un enfant. Mais une colère qui s’apaise au fil des mots et des pages. Une colère qui s’atténue avec l’âge et l’expérience de la femme qu’elle est devenue.

Dites-lui que je l’aime c’est un récit autobiographique réparateur, qui ne cherche pas à expliquer, mais qui cherche à apaiser et à mettre des mots sur tout ce qui est enfoui depuis de si nombreuses années.

Car les mots sont crus, et la plume directe. Clémentine Autain ne met pas de filtres sur ses sentiments. Elle retranscrit d’une écriture fluide et tranchante à la fois, les émotions de l’enfant qu’elle était . Cela se lit d’une traite, presque en apnée, tant c’est poignant.

Dites-lui que je l’aime, est une ode à une mère certes imparfaite. Clémentine Autain s’autorise enfin à exprimer sa rancœur pour pouvoir libérer ses sentiments, et son amour pour cette femme qu’elle a si peu connue, mais qui était sa mère avant tout.

Dites-lui que je l’aime est un message plein de sens et d’amour qu’envoie Clémentine Autain à sa mère à travers ses mots et finalement à travers ses lecteurs. Une déclaration sans doute nécessaire et libératrice. Pour enfin apaiser une souffrance latente et profonde. Et profiter de sa vie.

 

 

 

 

4 commentaires sur « Dites-lui que je l’aime – Clémentine Autain »

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