L’Amour propre – Olivier Auroy

Ton vagin est une ventouse, un puits sans fond. Les hommes croient qu’ils nous dominent, mais c’est tout le contraire. […] C’est nous qui les dominons. C’est nous qui les avalons, comme les sables mouvants. Plus ils s’enfoncent, plus la fin est proche.

L'amour propre.jpgL’Amour propre, Olivier Auroy
Editions Intervalles, 2018

Présentation éditeur :

Au salon de massage de luxe de M. Victor, rue de Courcelles, entre les mains habiles de Waan, les hommes s’abandonnent. Depuis qu’elle est devenue orpheline, Waan est reconnaissante envers M. Victor, un ancien associé de son père, de lui avoir évité la fin tragique de la plupart des filles de sa condition en Thaïlande. Mais toute protection a un prix, que M. Victor n’oublie pas de réclamer entre deux symphonies. 

Et si l’écrin somptueux dans lequel elle pratique aujourd’hui n’a rien à voir avec les arrière-cours miséreuses de Chiang Rai, depuis quelques semaines Waan ressent une inquiétude diffuse. Waan rêve alors de tout changer. Ne plus masser le corps des hommes. Mais a-t-on toujours le choix ? L’Amour propre est un thriller osé, palpitant et implacable dans l’univers clos et énigmatique des salons de massage.

C’est aussi une réflexion sans concession sur le rouage cruel et douloureux que peut constituer le désir des hommes et un plaidoyer radical pour le respect de celui des femmes.

***

Un grand merci à Olivier Auroy pour l’envoi de son roman.

***

Waan. Née  en Thaïlande, d’un père français et d’une mère thaïlandaise, la jeune femme, orpheline, est arrivée en France, il y a plusieurs années. Après avoir traversé de nombreuses épreuves et galères, l’eurasienne a été recueillie par un ami de son père, M. Victor.

Waan est désormais masseuse dans le salon parisien très sélect de M. Victor. Elle mène une vie solitaire, dans cet hôtel particulier de la rue de Courcelles. Les règles du salon sont drastiques, les sorties personnelles ne doivent pas dépasser deux heures. Ses seules fréquentations sont Leïla et Katia, les deux autres masseuses et Paul le serveur du café où elle a ses habitudes matinales. Une vie en semi-liberté. Une liberté surveillée.

Chaque journée passe au rythme des massages dans les chambres rouge, bleue ou verte attribuées par Mme Zhou en fonction du client. Après le travail, elle rejoint sa chambre située à un autre étage de l’immeuble.

Olivier Auroy nous entraîne dans le huis-clos de ce salon de massage. Il explore le passé de Waan, son enfance. Le jour où tout a basculé. L’incipit du roman est tranchant, le ton est donné. Aucun répit pour le lecteur, on entre directement dans le vif du sujet.

Aussi loin que Waan se souvienne, les hommes étaient toujours entrés en elle par effraction. Le premier avait été l’oncle Sin. Elle venait d’avoir treize ans.

La couverture sombre représente bien l’atmosphère glaçante et écrasante qui est présente du début à la fin du roman. L’ambiance feutrée des chambres est absolument oppressante. Il se dégage une grande solitude et de la détresse dans les portraits de ces trois femmes. Désarroi bien dissimulé derrière les murs et les rideaux des salles de massages. Que se passe-t-il derrière les portes fermées de chaque chambre ? Quelles sont les limites à ne pas franchir pour les clients comme pour les masseuses ?

Dans cette réalité invisible du reste du monde, le comportement des hommes est abject, la femme est seulement un objet de désir et un moyen de l’assouvir. Business. Domination. Tout semble prétexte à la possession. Pour flatter son ego et sentir un homme puissant. Mais dominer ne veut pas dire que l’on maîtrise la situation.

Elle le savait, oui. Les hommes, aussi influents soient-ils, s’évertuaient à ne pas accepter la crudité des faits. dans la chambre de massage, ils étaient nus, vulnérables, orphelins de leurs privilèges et de leurs décorations. C’est elle qui détenait le pouvoir absolu.

Mais L’Amour propre c’est bien plus que cela, c’est l’histoire de femmes qui n’ont parfois pas le choix pour sauver leur peau. Des femmes qui ont laissé une grande misère derrière elles pour rejoindre un dénuement plus doré, plus acceptable peut-être sur le papier. Dans l’espoir d’être enfin libre. De survivre. De vivre.

Je voulais être libre, sans attache, sans responsabilité, sans maître. Je me suis fait des illusions. On a toujours un maître, il prend toutes les formes, celle d’un patron, celle d’une famille, celle de l’argent et dans mon cas, celle de l’actualité qui conditionne mon existence. Le secret, c’est d’avoir plusieurs maîtres et de ne jamais laisser l’un d’eux prendre le dessus.

L’écriture d’Olivier Auroy est fluide, et percutante. Ses mots ne laissent pas indifférents. Je me suis sentie spectatrice impuissante tout le long de ma lecture. Certains passages m’ont complètement bouleversée. Et si je me suis sentie très souvent mal à l’aise, j’ai tourné les pages, enchaîné les chapitres, pour savoir. Je voulais tout savoir de Waan. Je me suis profondément attachée à cette femme si sensible et discrète, à qui la vie ne fait aucun présent. Et qui pourtant possède un grand instinct de survie et d’envie de vivre pleinement.

L’Amour propre, c’est un roman noir, qui dissèque la face cachée et énigmatique des salons de massage privés, qui explore la cruauté des hommes face à des femmes que la vie n’a pas épargnées. Mais ce livre c’est surtout celui de l’espoir, de s’en sortir, de s’en aller vers un monde meilleur et juste. De se défaire de son destin de misère.

 

6 commentaires sur « L’Amour propre – Olivier Auroy »

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