Un autre ciel – Nguyên Binh Phuong

L’histoire d’un orage issu d’un autre ciel.

Un autre ciel

Un autre ciel, Nguyên Binh Phuong
Editions Riveneuve, 2019
Traduction : Emmanuel Poisson

Présentation éditeur :

« Adolescente, tu as été clouée au lit pendant deux semaines, le cerveau dans les nuages, les membres dans les nuages, devenue toi-même un nuage. Seul ton sirop fébrifuge pouvait immobiliser le nuage. Guérie, tu trouvais tout étrange, depuis les cris humains, les bruits de voitures, les feuilles à la surface de l’eau jusqu’aux fleurs de temps à autre visibles dans la canopée. »

À Hanoï, au crépuscule du XXe siècle, une jeune fille vit deux amours. Elle n’a plus de prise sur le réel mais balance entre une certaine nostalgie du passé et un obscur désir de changement.
Le récit est traversé par le « tu » d’un narrateur à l’identité incertaine, peut-être un des doubles de l’héroïne. Nous parle-t-elle, se parle-t-elle ou lui parle-t-on ? Ce jeu autour de la deuxième personne du singulier permet d’exprimer les sentiments ambigus de l’héroïne.
Paru au Vietnam en 1999, ce roman est sans conteste un des plus originaux de l’auteur, chef de file de la nouvelle génération.

***

Merci aux éditions Riveneuve pour cette lecture.

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***

Elle vit à Hanoï. Son cœur est égaré entre deux garçons, ses deux amours. Vu et Tuan. Tuan qui est parti pour l’Europe et Vu qui vit près d’elle. Elle vit sa routine, son quotidien, entre son travail, ses amis et cette relation amoureuse. Elle erre dans ses sentiments, en même temps qu’elle parcoure la ville au guidon de sa moto.

Te voilà avec Vu à gauche et Tuan à droite, une grave maladie passée et une immense aiguille future.

Un autre ciel, c’est une histoire douce et nostalgique, un court texte très singulier. La narration se fait à la deuxième personne. Ce « tu » résonne tout au long du récit sans que l’on sache si l’héroïne se parle à elle-même ou si le narrateur est extérieur. A moins que les points de vue alternent.

Vingt-six ans, au cœur d’une atmosphère moite, sans nostalgie excessive de quiconque, ni analyse approfondie de tes rêves.

La langue vietnamienne est complexe. On ne dit pas « tu » de la même manière selon à qui l’on s’adresse. Un homme ou une femme, jeune, âgé.e, connu.e, proche, inconnu.e. Il y a tellement de façon de dire « tu ». Alors, au fil de ma lecture, je me suis interrogée quant à la traduction, j’aurais aimé en savoir plus sur le texte original – je ne parle pas le vietnamien, mais c’est une langue qui m’est familière et à laquelle je suis sensible.

Conjuguées aux émotions tumultueuses liées à la couleur rouge de la nuit, quelque chose émerge de la multitude des jeunes aux légers vêtements élégants. Les feuilles de lotus vertes dérivent au milieu de centaines de paillettes d’or qui irradient dans le courant. Chaque feuille est semblable au vers d’un poème, un chuchotement, un songe pur car le rêveur ne sait encore qu’il est en train de rêver.

Un autre ciel, c’est un récit déstabilisant, déconcertant et dans le même temps tellement poétique. Les mots sont beaux. La plume est dense, précise et floue à la fois. On se perd dans les méandres poétiques du Vietnamien. On passe d’une idée à une autre, sans aucune transition. C’est souvent confus. Il faut reprendre le fil, se rattraper à la corde. Ou au contraire, se laisser guider par le narrateur, sans réfléchir, comme on se laisserait descendre une rivière au gré du courant.

Chaque chose peut échouer ici, y rester éternellement, reprendre son chemin, être reprise par son ancien propriétaire ou partir à l’aventure.

En bref, Un autre ciel est un texte déconcertant, qu’il faut lire avec une certaine concentration si l’on veut ne pas s’égarer dans les mots. Un court roman à découvrir, si le Vietnam, ça vous parle et ça vous intéresse. Un texte original empreint d’une très grande singularité.

Abasourdie, tu as lâché ces mots sans réfléchir, puis tu t’es tue. Tout bourdonnait autour de toi.

 

 

 

7 commentaires sur « Un autre ciel – Nguyên Binh Phuong »

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