Ueno Park, Antoine Dole

Mais les fleurs, même les plus belles, finissent par se faner. Les souvenirs, aussi. Vient toujours l’instant où l’on se demande si ces émotions ont vraiment existé et pourquoi, alors, il n’en reste plus rien.

 

ueno-park-01.jpegUeno Park, Antoine Dole, Actes Sud Junior, 2018

Présentation éditeur :

Ueno park, immense étendue de verdure en plein cœur de Tokyo. On y découvre Ayumi, une hikikomori, qui sort pour la première fois de chez elle après plus de deux ans de réclusion. Haruto, un jeune lycéen qui tente de reconstruire sa vie après l’expérience traumatisante du tsunami de 2011 ; Nozomu, un adolescent SDF qui a dû abandonner le domicile familial. Sora, qui affiche son look extrême et asexué de genderless kei et doit résister aux insultes ; Airi, fan obsessionnelle, qui s’égare dans son fantasme avec son idole. Ces adolescents ne se connaissent pas mais ont en commun de ne pas se conformer, de rejeter les codes traditionnels de la société japonaise et d’affirmer un style de vie, un furieux désir de liberté. A Ueno park, ils vont se trouver réunis pour le Hanami, le spectacle de l’éclosion des cerisiers. Ce moment de renaissance va permettre à chacun d’explorer sa propre solitude.

***
Coup de coeur !
***

Dans ce moment de solitude, je suis assis là comme sur le contour des choses. Ni tout à fait dedans, ni vraiment en dehors.

Huit adolescents, tous différents, tous en souffrance, se retrouvent à Ueno Park pour Hanami, le jour où les cerisiers japonais fleurissent. Ayumi, Sora, Fuko, Natsuki, Haruto, Daïsuke, Aïri et Nozomu ressentent le besoin de se trouver dans ce lieu, ce jour-là, mais ils ne se croiseront pas. Ils ne se connaissent pas.

Station Ueno. À la sortie de la gare, on aperçoit dans les hauteurs quelques branches d’arbres qui griffent le gris du ciel. De minuscules touches roses viennent aussitôt panser ces plaies qui déchirent les nuages. Des pétales, comme des points de suture sur la grisaille. C’est ce que je suis venue chercher, aux premières heures du jour. D’ici, je peux entendre les battements de cœur de la ville, l’énergie qui l’anime et tout ce qui la rend vivante.

Celui qui est parti de chez lui pour ne plus être un poids financier pour sa mère. Celle qui vit recluse dans sa chambre depuis deux ans. Celle qui est malade, très malade. Celle qui est fan, et croit en ses fantasmes. Celui qui a survécu à un tsunami et qui essaie de revivre après le traumatisme. Celui qui est asexué… Tous se sentent en retrait des règles et codes de la société actuelle japonaise. Marginalisés. Et pourtant, dans leurs différences, finalement ils se ressemblent.

Je sais que nous vivons la même émotion à cet instant.
Nos cœurs apprennent à se parler, sous les cerisiers en fleurs de Ueno Park.
Leurs branches accrochent des lumières au-dessus de nos têtes.
Elles dissipent les ombres qui nous habitent.
Un par un.
Une par une.
Nous ne sommes plus étrangers à nous-mêmes.
Et du même élan, plus tout à fait étrangers aux autres.

Huit voix, huit histoires. Huit destins.

C’est la naissance d’un monde. Ce même miracle à chaque fois. Le retour à la vie d’une partie de moi.
Combien d’heures sont passées pour te faire apparaître dans le miroir ?
Combien d’heures pour redevenir toi ?
Je t’aime tellement que je ne compte pas.
Ce que je vois dans le miroir à présent, c’est celle qui dort au fond de moi quand les autres me veulent autre.
Celle que je suis vraiment.
Je me vois.
Moi.

Leur passage à Ueno Park est l’occasion de faire le point. Un bilan de leurs jeunes années. De réfléchir à qui ils sont, et qui il deviendront, ou pas. De leurs réflexions profondes sur leurs différences et leurs vies se dégagent de la maturité, du courage, de l’amour, mais aussi du dépassement de soi, et du respect de soi-même et des autres. Leurs réflexions cheminent en même temps que les fleurs se préparent à éclore. Une nouvelle saison. Un nouveau départ.

Mais je ne suis pas morte.
Même si je ne suis plus tout à fait vivante.
Je suis interrompue.
C’est arrivé, c’est tout. Je n’ai rien décidé. Je n’ai rien voulu.
J’allais bien, et la seconde d’après, j’étais cassée.
Une cassure qui ne se répare pas.
J’avais renoncé.

L’écriture d’Antoine Dole est fluide. Les mots et les phrases s’enchaînent en même temps que les émotions. J’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant ce roman. Sans pourtant m’identifier aux adolescents, j’ai ressenti leur mal-être. Jusqu’à souffrir pour eux. Avec eux. Vouloir les aider. Ou au moins les écouter. Le roman s’attache à ce moment, lors d’Hanami, mais j’aurai aimé les suivre plus longtemps, les voir évoluer.

Le texte est beau. Touchant. Bouleversant. Un court roman jeunesse, à lire d’un seul souffle. Huit voix pour une leçon de vie et une grande bouffée d’oxygène. Ueno Park, c’est un tourbillon d’émotions. Et d’espoir.

Je vais partir, et tout ce vide que je laisse, il faudra le remplir de choses merveilleuses.

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Une fois n’est pas coutume, j’ai relevé tellement de beaux passages, je vous les mets pêle-mêle ci dessous.

J’étais cette petite fille parfaite, qui sourit, qui ne dit rien, même quand le dedans a mal. Des contorsions, toujours. Ne jamais être un obstacle. Dire oui. Obéir. Faire ce qu’on attendait de moi. Ne pas être une difficulté. Mais pour chaque sourire, j’avais une larme. Pour chaque victoire, une défaite. J’étais cette petite fille parfaite, oui, mais prête à m’effondrer.

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Leurs mensonges contre ma vérité. Ils ne font pas le poids. Mais ce serait mentir de dire qu’ils ne me blessent pas. Mon cœur est un endroit de luttes.

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C’est toute cette vie qui brille dans ses yeux, que je veux emporter là où j’irai. Tant que je serrerai ça contre moi, je sais que je ne serai pas seule, quel que soit le néant alentour.

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C’est ce jour-là que j’ai compris que nous ne quittons jamais vraiment la cage des drames qui nous façonnent. Nos barreaux à nous ont pénétré sous notre peau, dans nos corps, ils sont dans nos bras, dans nos jambes, tout en travers de nous.

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Mon cœur bat et, la seconde d’après, semble s’arrêter. Sans cesse il redémarre. Est-ce que c’est seulement possible, se sentir si vivante et si morte à la fois ? Dans ma poitrine, plus rien que l’instant suspendu. Si je ne faisais pas attention, je pourrais oublier de respirer tant mes pensées prennent toute la place.

 

 

 

 

2 commentaires sur « Ueno Park, Antoine Dole »

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