Les heures solaires, Caroline Caugant

Louise. Lila. Leurs peaux dans l’eau. Bleues. Les corps pris dans les courants infernaux. Le passé et le présent se mêlant dans un étrange ballet. Les doigts qui se crispent. L’ongle qui se casse contre une roche. L’élastique arraché, les nattes blondes libérées. Est-ce ainsi que naît l’obsession ?

inCollage_20190111_172459508.jpgLes heures solaires, Caroline Caugant
Editions Stock, collection Arpège, 2019

Présentation éditeur :

Alors qu’elle prépare sa prochaine exposition, Billie, artiste trentenaire, parisienne, apprend la mort brutale de Louise. Sa mère, dont elle s’est tenue éloignée
si longtemps, s’est mystérieusement noyée.
Pour Billie, l’heure est venue de retourner à V., le village de son enfance.
Elle retrouve intacts l’arrière-pays méditerranéen, les collines asséchées qu’elle arpentait gamine, la rivière galopante aux échos enchanteurs et féroces, et surtout le souvenir obsédant de celle qu’elle a laissée derrière elle : Lila, l’amie éternelle, la soeur de coeur — la grande absente.
Les Heures solaires brosse le portrait de trois générations de femmes unies par les secrets d’une rivière. Y palpitent l’enfance, l’attachement à sa terre d’origine, l’impossibilité de l’oubli.
Et c’est en creusant la puissance des mémoires familiales que Caroline Caugant pose aussi cette question : les monstres engendrent-ils toujours des monstres ?

***

Je remercie les éditions Stock et Netgalley pour cette lecture.

Coup de Coeur !

***

Mon premier Arpège, mon premier coup de coeur de cette année 2019.

Les heures solaires, c’est l’histoire de trois femmes. Billie, Louise, Adèle. Trois générations. Des secrets. V. et sa rivière.

Le roman s’ouvre avec la mort de Louise. Malade, (Alzheimer, sans doute, même si cela n’est pas précisé), elle est sortie de l’établissement où elle vit désormais et elle s’est noyée dans la rivière. La rivière de V. L’occasion pour Billie de revenir aux sources.

Louise s’est noyée. Seul ce fait compte. Billie doit se concentrer dessus, l’intégrer : le 21 juillet s’achevant, sa mère s’est noyée. La veille de son anniversaire. Elle n’avait pas soixante ans, mais elle avait quitté le monde depuis longtemps.

Billie, qui avait quitté V. très jeune. Besoin de s’enfuir, besoin de liberté. Besoin de mettre de la distance avec ses origines. Pour s’installer à Paris où elle est désormais artiste. Une artiste en manque d’inspiration.

Billie contemple la page blanche devant elle, se dit qu’elle pourrait dessiner ce qui la bouleverse. Sa douleur. Et l’autre douleur aussi, plus ancienne, qui revient, la prend à la gorge. Peut-être que lui donner une forme précise la calmerait momentanément.

Le quatrième personnage de ce roman est sans aucun doute l’eau et même la rivière de V. Cette rivière qui relie étroitement et éloigne à la fois Adèle, Louise et Billie. La rivière est la gardienne de leurs secrets, de leurs actes. Sereine, fraîche, et mystérieuse, telle une geôlière, la rivière est silencieuse et oppressante. Protectrice et sentinelle, elle met en garde dans le même temps qu’elle rassure.

Les heures solaires, c’est définitivement une histoire de femmes, une histoire de famille dont les liens entre les membres se désagrègent. Une famille où chacune semble être une inconnue pour les autres. Parce que finalement la grande question de ce roman est de savoir si l’on devient un monstre de mère en fille ? La portée des actes est-elle héréditaire ? Des secrets de famille et de la culpabilité découle une grande solitude. Parce que chacune se tait, les autres ne savent pas, ou ne disent rien. Mais le temps  et l’éloignement enterrent-t-ils les secrets et les non-dits pour les enfouir dans l’oubli ?

Comme l’eau de la rivière, les secrets enfouis se faufilent, même dans les creux les plus infimes. Ils vous habitent et habitent vos enfants. Ils dégorgent, reviennent sous une autre forme.

Au fil des pages, Caroline Caugant distille des révélations sur ces trois femmes. On en apprend un peu plus à chaque paragraphe. Mais pas trop à la fois, tout est savamment dosé pour que l’on n’ait pas envie de poser le roman, mais au contraire de lire d’un seul souffle, tellement on est tenus en haleine.

Flip flop.
Le cerveau cerné par sa propre respiration. Le souffle puissant amplifié sous le bonnet de bain.
Inspiration. Les bras musclés vont et viennent à un rythme parfait. Ils percent l’eau, droits comme des dards, et en altèrent à peine la surface.
Expiration lente. Les jambes se tendent et s’ouvrent comme un compas, tous les atomes du corps épousant parfaitement l’eau. La pesanteur désagrégée.
Inspiration. Les bras recommencent leur mouvement vers l’avant. Ils tracent la poupe d’un bateau.
Expiration.
Le corps valse.

La plume de Caroline Caugant est fluide. Ses mots s’écoulent doucement telle la rivière de V. Mais en même temps, le récit est rythmé, comme si un courant nous emmenait par moment dans des rapides. L’auteure maîtrise le suspense. Mais surtout, l’écriture est superbe et ensorcelante.

Les heures solaires, c’est beau, c’est captivant. A lire en retenant sa respiration, pour ne pas boire la tasse, et se noyer dans les secrets de Billie, Louise et Adèle. Un roman bouleversant autant que captivant dans lequel la nature et l’élément eau sont au centre.

Le temps des papillons noirs et des heures solaires.

 

 

10 commentaires sur « Les heures solaires, Caroline Caugant »

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