La révolte – Clara Dupont-Monod

Aliénor aime gouverner et connaît chaque ruelle du plus petit village de son Aquitaine. Car elle porte sa terre comme un bijou fondu dans sa peau. Un bijou puissant : l’Aquitaine, cela signifie un territoire immense et riche, qui s’étend du Poitou à la frontière espagnole en débordant sur le Limousin et l’Auvergne. Le seigneur d’une telle contrée est bien plus puissant que le roi de France.

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La révolte, Clara Dupont-Monod, Stock, 2018

Présentation éditeur :

« Sa robe caresse le sol. À cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n’est pas l’indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés ; ni non plus la solennité de l’entretien – tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c’est sa voix. Car c’est d’une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d’aller renverser notre père. »

Aliénor d’Aquitaine racontée par son fils Richard Cœur de Lion.

***

Je n’ai pas vraiment l’habitude de lire des romans historiques, et je ne connaissais pas l’histoire de cette femme de caractère qu’était Aliénor d’Aquitaine. Cela fait du bien parfois de sortir de sa zone de confort !

Aliénor d’Aquitaine racontée par son fils Richard Cœur de Lion. C’est original, c’est intéressant, et même passionnant.  A travers les mots de Clara Dupont-Monod et les yeux de Richard Cœur de Lion, j’ai rencontré Aliénor. Aliénor d’Aquitaine dont je me souvenais vaguement avoir entendu le nom en cours d’histoire.

Aliénor, cette femme qui prend elle-même ses décisions. Aliénor, cette mère protectrice. Aliénor, épouse et mère autoritaire. Aliénor qui a annulé son mariage avec Louis VII, le roi de France pour épouser le Plantagenêt.

Aliénor d’Aquitaine, cette femme moderne qui se méfie déjà de l’ampleur que peuvent prendre les religions. Elle distingue d’ailleurs foi et religion avec une clairvoyance et une cohérence visionnaire.

Voilà, Richard, pourquoi j’estime la foi et déteste la religion. La première grandit l’homme, la seconde l’affole. La foi est une affaire intime. Et l’intime, par définition, n’est pas une question collective. Il n’y a que la religion pour décider qu’une croyance personnelle, profonde et secrète, doit sortir du cœur et se muer en système de régence. L’hérésie, elle est là. Lorsqu’on décide qu’un sentiment deviendra texte de loi. Alors, seule la religion peut faire passer des atrocités pour des bienfaits.
[…]
La religion ne tolère que le même. Elle veut l’identique. Encore une grande différence avec la foi, qui, elle, se moque des différences, puisqu’elle est implantée en silence, dans le tréfonds de chaque âme, et qu’elle s’épanouit hors des règles.

Force, volonté, courage, détermination, passion. Aliénor est une femme fascinante. Elle subjugue son entourage à l’instar de Richard Cœur de Lion qui est totalement sous le charme et l’emprise de sa mère. Il est prêt à tous les sacrifices pour lui plaire et la satisfaire, jusqu’à entrer en guerre contre son propre père Henri de Plantagenêt, ayant toujours à l’esprit la devise de sa mère.

N’aime jamais. Admire, dévore, enchante, mais n’aime jamais, ou tu seras dépouillé.

Le Plantagenêt, cet homme qu’Aliénor a fait le choix d’épouser. Non pas par amour, mais plutôt pour l’intérêt politique et géographique qu’il représente. Paradoxalement, cet homme qu’elle n’a jamais aimé sera le père de ses enfants. Et surtout, elle reposera à ses côtés pour l’éternité. En France. Ce Plantagenêt qui finira par la craindre et choisira de faire de son épouse sa prisonnière. Mais Aliénor est patiente. Elle est une femme d’ambitions qui prend son temps pour atteindre ses objectifs. Le temps est son allié.

Elle reste longtemps devant la fenêtre. Londres est entourée de murailles. Une tour blanche surgit en aval du rempart, faite de pierres apportées de Caen. Le tapis de toits est hérissé de drapeaux. Ce sont les bannières du Plantagenêt, qui montrent le même lion d’or rugissant. L’air de la mer froisse le tissu, le tord. Aliénor se dit que le vent fait plier les fauves.

Clara Dupont-Monod présente Richard Cœur de Lion comme un fils entièrement dévouée à la figure maternelle. A tel point qu’il oublie de vivre pour lui. Et de penser par lui-même et pour lui même. Malgré son amour infini pour Aliénor, il m’a semblé très solitaire, très triste. Un homme qui vit pour plaire à une seule personne, et à qui il est prêt à offrir sa vie pour la protéger. Si j’ai admiré la force d’Aliénor j’ai surtout été très touchée par l’amour infini que son fils lui porte.

Pas la moindre parole tendre, je l’ai dit, ni non plus de caresses. Très tôt, nous avons senti que, pour ma mère, le bonheur s’accompagne toujours d’une menace. Si elle n’a jamais enlacé ses enfants, c’est bien parce qu’elle craint leur disparition. Elle flaire le danger, tapi quelque part, la peur qu’on lui enlève ce qu’elle chérit. Ainsi vont les êtres abîmés. Mais l’amour s’échappe quand même.

Clara Dupont-Monod m’a envoûtée avec son récit. Découvrir Aliénor par les yeux de son fils est une belle idée. Elle m’a entraînée dans une époque que je connais très mal. Et surtout avec un style abordable, simple, précis. Ce récit est accessible à tous, néophytes ou pas. La révolte m’a tenue en haleine, c’était passionnant de lire la mise en place du plan de bataille d’Aliénor contre son mari, et surtout de voir comment elle a rapporté à sa cause ses fils. Et comment Louis VII lui est resté fidèle à sa manière malgré la rupture.

Aliénor sait qu’elle doit rester patiente. Au fond d’elle, la colère enfle doucement. La désillusion est une sève. Bientôt naîtra une volonté si puissante qu’elle décidera du carnage.

La révolte est plus qu’un roman historique, c’est une biographie romancée de la grande Aliénor d’Aquitaine, femme moderne et déterminée de son époque. Un livre que j’ai dévoré, tant j’ai aimé la lire à travers le regard de son fils Richard Coeur de Lion. Un roman touchant et passionnant que je vous recommande sans hésitation.

Et de toutes ces couleurs, il ne reste qu’un plan de bataille.

8 commentaires sur « La révolte – Clara Dupont-Monod »

    1. il m’arrive de regarder, et je reste scotchée à chaque fois !
      J’avais découvert le destin de Marie Leczinska comme ça. Si tu as un livre à me conseiller sur l’histoire de cette femme, je suis preneuse !

      J'aime

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