Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson

Je découvre que l’absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d’un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l’on ne possède pas de repères, où l’on pourrait se cogner, où l’on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l’absence, c’est d’abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors.

arrete avec tes mensonges« Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson,
Editions 10/18, 2018 – Julliard, 2017

Résumé éditeur :

De passage dans sa région natale, le narrateur, qui n’est autre que Philippe Besson, aperçoit au détour d’une rue une silhouette, un visage, dont la ressemblance avec son premier amour le frappe tel un coup de poignard. S’ensuit le récit de la rencontre, vingt-cinq ans plus tôt, entre deux adolescents que tout oppose : l’un, plutôt timide, est fils d’instituteur, élève studieux et lecteur chevronné ; l’autre est enfant de paysans, rebelle, charismatique et mystérieux, coqueluche des filles du lycée. Leur attirance est immédiate, sans équivoque. Leurs étreintes clandestines se déroulent dans un émerveillement teinté de culpabilité et de déni. Le secret qui les entoure n’en accentue que davantage l’intensité. Mais Thomas se montre incapable d’exprimer ses sentiments, d’accepter ce qu’il est. Il disparaît de la vie du narrateur aussi soudainement qu’il y était entré, laissant au jeune Philippe la blessure d’un premier amour au goût d’inachevé. Lorsque ce récit prend fin, des années après, l’auteur apprend avec une infinie tristesse que le Thomas si lumineux de sa jeunesse a passé sa vie à tenter de contrecarrer sa nature, à la dissimuler aux yeux de tous, précipitant ainsi sa fin tragique.

***

Bouleversant.

Sublime.

J’ai refermé ce livre, les larmes aux yeux. Philippe Besson y raconte son premier amour, sans fard, sans filtre. Tout en sincérité et en émotion. En sensibilité et en délicatesse.

Je n’ai pas lu d’autres livres de cet auteur, mais je sais maintenant qu’Arrête avec tes mensonges est la base de tous les autres, la genèse de son œuvre et de son être. Cette histoire d’amour avec Thomas qu’il nous livre ici est l’origine de la suite de sa vie.

Arrête avec tes mensonges, c’est l’histoire d’un amour interdit et clandestin entre deux lycéens. C’est l’histoire d’une passion, d’un désir irrépressible et sauvage. Mais c’est aussi l’histoire d’une séparation. L’histoire d’une grande souffrance. Il n’est pas facile de montrer son homosexualité au grand jour quand on a dix-sept ou dix-huit ans, en 1984.

Différence. Violence. Souffrance. Silence. Rester soi-même.

Plus tard, donc, j’affronte la violence que provoque cette différence supposée. J’entends les fameuses insultes, au moins les insinuations fielleuses. Je vois les gestes efféminés qu’on surjoue en ma présence, les poignets cassés, les yeux qui roulent, les fellations qu’on mime. Si je me tais, c’est pour ne pas avoir à affronter cette violence. De la lâcheté ? Peut-être. Une manière de me protéger, forcément. Mais jamais je ne dévierai. Jamais je ne penserai : c’est mal, ou : j’aurais mieux fait d’être comme tout le monde, ou : je vais leur mentir afin qu’ils m’acceptent. Jamais. Je m’en tiens à ce que je suis. Dans le silence certes. Mais un silence têtu. Fier.

Après une passion brève et intense, les chemins de Philippe et Thomas se séparent. Pour Thomas, il le sait d’avance, cette relation n’ira pas plus loin, la vie les séparera vite, trop vite. Sauver les apparences. Satisfaire sa famille.

Parce que tu partiras et que nous resterons.

Mais rien n’empêche le sentiment de manque de l’autre et le souvenir. Vient le temps de l’absence. Celle qui vous ronge, vous détruit à petit feu, et que vous comblez comme vous le pouvez. Rien ne remplacera ce premier amour.

Plus tard, j’écrirai sur le manque. Sur la privation insupportable de l’autre. Sur le dénuement provoqué par cette privation ; une pauvreté qui s’abat. J’écrirai sur la tristesse qui ronge, la folie qui menace. Cela deviendra la matrice de mes livres, presque malgré moi. Je me demande quelquefois si j’ai même jamais écrit sur autre chose. Comme si je ne m’étais jamais remis de ça : l’autre devenu inaccessible. Comme si ça occupait tout l’espace mental.

La plume de Philippe Besson est belle, fluide. Les mots jaillissent les uns à la suite des autres. L’écriture est une lumière dans le noir. Il faut continuer à vivre et à avancer.

Je n’ai pas les mots pour exprimer vraiment ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Je dirais simplement qu’Arrête avec tes mensonges m’a emportée dans un tourbillon d’émotions. J’ai respiré à l’unisson avec chaque mot. Mais surtout j’ai été très touchée par la fin. La lettre de Thomas est si belle et si glaçante à la fois.

Arrête avec tes mensonges est un récit intime, jusqu’au bout, et qui explore en profondeur les thèmes de l’acceptation de soi, du regard des autres, des secrets et des non-dits. Un coup de cœur pour moi. A lire absolument !

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4 commentaires sur « Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson »

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